Récit d’un périple vers la 10ème édition du « World Harmonica Festival » (1ère partie)

Ayant participé plusieurs fois par le passé aux côtés de Daniel MARTY et Alain CHAULET dans l’écriture d’articles sans la moindre qualification de journaliste, peut-être avec le parti pris d’un passionné (une raison de virer le journaliste ), l’un des rares Français présents dans le public cette année, il n’a pas fallu longtemps à Jean-Luc pour me proposer de vous raconter ça.
Mon but n’est pas la couverture de ce magnifique festival, dans la ville berceau de la marque HOHNER, mais le simple récit d’un périple, accompagné par un ami illustre reconnu par la communauté mondiale de l’harmonica. Pourvu que cela serve, vous incite, vous questionne, vous intéresse, vous rende plus curieux encore et à mon plus grand bonheur (allez j’ose) : participe quelque part dans votre chemin d’épanouissement concernant votre rapport à l’harmonica en tant que famille d’instruments.

J’ai cité HOHNER, mais j’ai de bons copains aussi chez SEYDEL et ne suis pas insensible non plus à d’autres fabricants tels en Asie mais aussi YONBERG, ARKIA, BRODUR (Cocorico ! Encore des copains ) et je veux conserver ma réputation de neutralité sans entrée d’argent. L’expérience et l’importante création de liens est à des fins trop longues à développer ici, mais qui ne manqueront certainement pas de montrer leur nez en conclusion, sans fin puisque cette fin j’espère que c’est vous qui l’écrirez à votre manière…

L’illustre ami qui m’accompagnait était Roger TROBRIDGE. Je développe un peu à son sujet pour vous faire comprendre l’importance de sa présence dans mon récit. En résumé : Roger ne joue pas d’harmonica. Il a été Président de la National Harmonica League (aujourd’hui HarmonicaUK) de 2000 à 2012, ce qui signifie qu’il a animé la communauté, soutenu le développement de l’association et encouragé l’intérêt pour l’instrument. Je crois que quand il a passé la main, l’association avait doublé sa taille en membres. Il a également été rédacteur du magazine Harmonica World pendant de nombreuses années, où il ne traitait pas que du Royaume Uni mais de l’International. Le rapport de Roger Trobridge à l’harmonica est celui d’un expert, archiviste, historien, organisateur et communicateur qui a profondément contribué à préserver, documenter et promouvoir l’histoire et la culture de l’harmonica à travers ses rôles dans HarmonicaUK et ses projets personnels. Il m’a partagé des trésors d’archives, à faire palir d’envie les collectionneurs (des épisodes de vie en famille de Sonny TERRY, la toute première édition de WHF en 1987 etc. ) dont les sources sont souvent issues de son expérience, de legues de journalistes,  d’amitiés (il a cotôyé les plus grands, dont Douglas Tate avec qui il était ami).  Si aujourd’hui vous entendez parler de « The archivist » : C’est Roger ! Il existe d’autres sources possibles d’archives en France telles que Pierre BROSSARD dont je compte bien vous parler dans un prochain magazine, les anciens de Harmonicas de France, H2F, participants actifs à de nombreuses réunions parisiennes et d’ailleurs etc. Vous peut-être, pourvu que vous vous manifestiez dans l’intérêt de la communauté, de l’avancement de l’harmonica dans lequel la connaissance du passé est un ingrédient majeur !...

Fort de sa notoriété, m’ayant visiblement pris en sympathie, Roger m’a proposé en 2013, pour la 7ème édition de louer ensemble une chambre à l’Hôtel réservé essentiellement aux artistes de WHF. Nous étions déjà allé tous les deux aux 50ans de SPAH à Saint Louis Missouri dans le but de partager la chambre mais Joe Filisko avait insisté pour partager avec Roger et je m’étais retrouvé avec Ben Hewlett, le successeur de Roger à la tête de HarmonicaUK. Roger prenait l’EUROSTAR où j’allais le chercher, passait la nuit chez moi et nous quittions Antony au volant de ma voiture… Et je me retrouvais à prendre mes petits déjeuners avec des grands l’harmonica tous les matins, que ma timidité ne m’aurait jamais permis d’aborder… Quant à Roger, il passait l’essentiel de ses journées au musée de l’harmonica pour aider son ami Martin HÄFFNER (directeur du musée) et son équipe alors que j’assistais de mon côté aux classes de maîtres, aux compétitions mondiales (en tant que spectateur) et aux concerts du soir et Bœufs nocturnes (spectateur encore sauf rare exception sur les bœufs hors scène). Nous avons remis ça tous les deux en 2017… A chaque fois  j’avais le plaisir de retrouver plein de Français, dont toujours des membres de H2F qui concourraient aux compétitions... Je n’arrivais pas à compter le nombre (en dizaines) de Français présents au milieux des milliers d’Européens, Chinois, Coréens, Taïwanais, Américains, Australiens,  Russes… la terre entière ! N’ayant pas vu de doigts crochus, d’homme vert au mieux rouge ou violet d’avoir trop soufflé, je ne sais pas dire si il y avait des extraterrestres bien que le niveau global de certains l’était.

Pour cette année, côté hôtel ce fut un peu plus compliqué. Le festival se tenait du 29 octobre au 2 novembre et la perspective de plusieurs milliers de festivaliers préconisait de s’y prendre un an avant. Roger m’a donc écrit en octobre 2024 pour me proposer d’y séjourner ensemble et j’ai immédiatement contacté l’hôtel, mais la réponse qui ne se fit pas attendre : « On veut bien vous garder une chambre, mais recontactez nous en janvier pour réserver ». Janvier arrive et silence radio, plus de réponse à mes sollicitations. Roger me recontacte inquiet d’apprendre par son propre réseau que le festival aurait retenu toutes les chambres pour les artistes et je finis par décrocher le téléphone pour atterrir sur un propriétaire, qui finit par m’avouer être gravement malade, à l’hôpital et dans l’incertitude de pouvoir être ouvert pendant le festival. Roger contact alors son ami Gerhard MÜLLER le président de WHF et qui nous répond qu’il y a un soucis avec l’hôtel préféré des artistes, dont le propriétaire est gravement malade. Il nous propose alors de nous garder une chambre dans un village voisin avec les navettes gratuites pour le festival. Nous refusons poliment avec Roger car nous souhaitons être très proche de la salle principale des activités qui se tiennent essentiellement sur deux lieux de Trossingen à 15 minutes à pied l’un de l’autre. D’autant que Roger veut pouvoir assurer ses gardes au musée et revenir à pied, à 85ans, pour ne pas me faire rater des événements en me sollicitant pour la voiture.  C’est le fils de Roger qui se trouve en Allemagne qui nous trouvera un AirBnB beaucoup moins cher que l’hôtel situé à 200m du lieu principal du festival et qui s’avèrera être une solution vraiment superbe. Pour les frais de carburant et couchage on s’arrange après, le tout s’équilibre bien.

J’ai volontairement détaillé la recherche de solution de couchage, au risque d’être lourd dans le récit, pour mettre en évidence qu’il existe toujours des solutions selon les moyens et la volonté, l’anticipation… Au sujet de l’anticipation, par exemple, pour ceux qui veulent aller au festival « De l’Hers sur les Anches » de Calmont (en France proche de Toulouse) pendant le week-end de l’ascension, il serait déjà temps de mettre en balance les différentes solutions de couchage et surtout ne pas attendre pour réserver, car plus vous attendez plus ça va devenir compliqué, même pour les campings. Par le passé au grand festival « Harmonicas sur Cher » de Saint-Aignan, j’en voyais certains plus précaires qui couchaient dans leur voiture équipée de telle manière qu’ils t’y offraient même le café ! A aucun  prix ils ne se privaient de tous les avantages de participer à un festival tant ils avaient pris conscience de ce que cela leur apportait dans leur vie et leur accomplissement dans la pratique de l’harmonica. Un peu aussi les retrouvailles d’une famille parallèle où se cotôyaient toutes les couches de la société, tous les ages, toutes les convictions de personnes que la vie n’aurait jamais fait se rencontrer autrement et repartant avec la certitude d’êtres plus riches en repartant…    

Je n’avais pas vu Roger depuis un moment, la faute aux confinements, qui ont valu à l’édition 2021 de la WHF de se tenir en distanciel. L’idée de revivre cet événement autrement qu’en virtuel cette année enthousiasmait tout le monde. De mon côté j’étais plus inquiet de la santé de Roger que je voulais ménager, en anticipant de nombreuses poses sur la route : 600km environ (à 85ans tout de même)…

Arrivé à l’EUROSTAR je vois Roger débarquer en pleine forme avec deux bagages dont l’un imposant à roulettes contenant un « Millioniser », instrument rarissime offert par un Britannique au musée de Trossingen. Un excellent article de juin 2011 de Robert KOCH (journaliste retraité) couvre cet instrument sur son site « L'h@rmoblog du lover bleu » vous donne des détails sur cet instrument ; Rob JANSSEN du Quartet Fata Morgana que j’ai eu le plaisir de retrouver cette année à Trossingen nous a aussi raconté quelques anecdotes concernant cet instrument, qui m’a l’air assez fragile. Si vous êtes curieux et connaissez le site de feu Jean LABRE, vous y trouverez aussi un article en hommage à Walt Miller, ex-membre des RASCALS, son inventeur. L’encombrant bagage fera le bonheur du nouveau directeur du musée de l’harmonica de Trossingen le jour d’après, mais pour l’anecdote Roger et l’expertise de Rob JANSSEN n’ont pas suffi à rendre à nouveau fonctionnel le Millioniser faute d’un câble adapté avant la fin du festival.

La soirée qui marqua nos retrouvailles, ne s’éternisa pas trop car le départ pour l’Allemagne était planifié à 8h du matin. J’avais préparé plein de CD d’harmonicistes Français, Espagnols, Québecois dans l’idée de lui faire découvrir  et suggérer de potentiels artistes pour les festivals à venir de HarmonicaUK car tout festival est en recherche perpétuelle de découvertes et je savais Roger influent, mais  il avait beaucoup à dire et ce n’était jamais le moment d’en lancer un… C’est ainsi que Roger m’a beaucoup parlé de l’harmoniciste qui allait être mis à l’honneur par WHF 2025 (en utilisant aussi ses bases d’archives historiques)… Un harmoniciste Canadien qui a consacré sa vie à élever l’harmonica au rang d’instrument de concert sérieux, surtout dans le répertoire classique et orchestrale, à savoir comme les plus cultivés d’entre vous l’auront déjà deviné : Tommy REILLY… Voilà encore une raison d’éveiller votre curiosité et là encore le moteur de recherche du site d’archives de Roger (http://www.the-archivist.co.uk/) fait partie des sources qui vous éclaireront sur ce fabuleux harmoniciste.

Imaginez vous la scène : moi concentré sur la route et Roger en train de me faire la démonstration que cet harmoniciste est à la base de tout l’essor qui a suivi concernant l’harmonica et sa présence même dans les médias !!! Je pensais effectuer de multiples pauses pour soulager Roger, mais il était pressé d’arriver et c’est en final le jeunot de 56ans que je suis qu’il a fallu ménager pour ne pas aller dans le décor, faire quelque vidanges et autre plein de gaz. Nous sommes arrivés au logement vers 16h du soir. La belle surprise fût que non seulement la solution de couchage était très complète, mais surtout à 200m à pied des principales salles de concert… juste quelques courses à faire pour le petit déjeuner.

A peine entré dans le principal lieu du festival, j’ai eu la surprise de voir une caméra  de télé se précipiter vers Roger suivie de Gerhard MÜLLER président du festival. Je ne me suis pas retrouvé longtemps seul à l’écart car je vis Steve WATNE, vice président de la SPAH (Société de Préservation et d’Avancement de l’Harmonica) venu tout droit des USA  se diriger tout sourire vers moi… J’avais eu le plaisir de le rencontrer en 2013 à Saint-Louis dans le Missouri où il n’avait pu s’empêcher de m’identifier comme Français vu ma dégaine (il est marié à une Bretonne). Nous avons parlé du festival de l’Hers sur les Anches qu’il avait eu le désespoir de rater cette année faute d’avoir réalisé la date suite à une visite à sa famille française. Je lui tendis la perche en lui proposant de le mettre en contact avec Julien CORMIER qui est à la tête de ce festival en pleine croissance super positive avec des promesses internationales… Julien me parlait de partenaria avec l’Allemagne et l’Italie et je voyais l’œil de Steve s’éclairer… Steve voulait d’ailleurs me présenter la responsable du FEN festival de Berlin (originellement fondé par Marko Jovanović), mais la course aux nombreuses activités d’un tel événement où on ne sait plus où donner de la tête tant il existe de choix d’activités toutes passionnantes ne l’a pas rendu possible.

Quelques minutes après, Roger se retrouve en compagnie du Norvégien Sigmund GROVEN, celui-là même qui a écrit la présentation de Tommy REILLY dans le catalogue d’accueil distribué à tout festivalier et qui nous livrera un inoubliable concert en son hommage en compagnie du Japonais Yasuo WATANI dans l’église de Trossingen le 1er Novembre. Un peu désolé de mon manque relatif de culture fasse à la masse d’informations historiques sur l’harmonica, je préférais ne pas m’imposer. Juste profitez en pour rechercher ce nom. D'aucun disent que si Tommy REILLY a donné une légitimité à l’instrument, Sigmund GROVEN lui a donné une âme et une voix universelle (Tommy REILLY était son maître).

Peu après je retrouvais mon ami Quim ROCA, qui a marqué le festival, quelques minutes avant le concert hommage par un record mondial inédit consistant à tenir le plus long accord joué sur un harmonica diatonique. 31'31"95 tout de même ! La barre est haute pour qui voudra relever le défi face à Quim qui vient de poster une vidéo YouTube pour vous aider à maitriser la technique de respiration circulaire. J’étais aux premières loges, et je peux témoigner que l’événement comptait beaucoup pour Quim qui tenait à faire passer un message, sensibiliser un maximum de monde aux bienfaits qu’il tire de l’harmonica dans le bien être, attirer l’attention sur ses projets. Le sérieux du record en présence des deux témoins qu’étaient Martin HÄFFNER et Steve BAKER en plein milieu du musée où les visites continuaient, aurait pu laisser croire que tout le monde finirait par s’ennuyer et bien au contraire, des tas de détails ont contribués à rendre l’événement à la fois mémorable et peuplé d’anecdotes amusantes… Les Argentins, Mexicains étaient là pour le soutenir ainsi que quelques français et autres nationalités, le tout filmé par les représentants de HOHNER, moi-même…  

Mais je vois la quatrième page de mon laïus se terminer, et je vous laisse avec les Argentins qui feront l’objet du début de la prochaine partie, sans oublier bien sûre Rachelle PLAS que j’ai eu le plaisir de retrouver. A un moment je vais devoir vous parler un peu plus du festival en lui-même, de mes constatations mais aussi de mes inquiétudes, quoique…

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