Le livre de l'harmonica... écrit par Albert Raisner...
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LeLivreDeLHarmo AlbertRaisnerJ’aurais pu titrer, « Le livre de l’harmonica : vu par un amateur des années 2000». Je parle bien du livre écrit par Albert Raisner, paru en 1961. Je n’étais pas né. Un de mes grands regrets est de ne jamais avoir rencontré ce grand harmoniciste, riche de tant de qualités; lui qui a fait tant pour l’instrument et pour nous, car quelque part je ne peux m’empêcher d’y inclure ma génération. Qu’ils soient harmonicistes, hommes ou femmes de radio, mes connaissances ayant eu le plaisir de le côtoyer, ne m’en ont dit QUE du bien !… La lecture de ce livre a confortée mon impression. Décidément cet homme était un modèle, mais aujourd’hui encore !... Sorti du lot pour la postérité… Si la connaissance du passé est indispensable à se construire un avenir, alors j’espère qu’on ne m’accusera pas d’exagérer à propos de ce livre en écrivant qu’il est le meilleur livre d’histoire de l’harmonica parmi d’autres, si ce n’est de chevet, de tout harmoniciste passionné. Cela me parait encore vrai aujourd’hui, 50ans après… Comment ai-je pu attendre 15ans pour me le procurer ? Simplement je n’avais pas même connaissance de son existence, et vous l’aurez compris : J’ai adoré !...

Je dois donc remercier celui qui a eu l’excellente idée de mettre en avant les talents d’écrivain d’Albert Raisner dans le précieux n°24 du magazine H2F qui lui fût consacré. Ce faisant il m’a incité à chercher ce livre et à me le procurer, comme s’il m’attendait, en quelques clics sur Internet malgré sa grande rareté…

Je vais d’abord décrire rapidement le contenu; mais je pense que la plupart des harmonicistes de H2F dont la majorité (je pense) a vécu cette époque, sera intrigué par ce qu’un « petit jeune » passionné lambda, en aura retenu… Pensant aussi que le passé est un ciment pour l’avenir, cet avis personnel de joueur de diatonique (en plus) d’une nouvelle génération vous intéressera peut être. Surtout si j’essaie d’analyser ma perception de tout cela dans la société d’aujourd’hui…YO ! Sérieusement en écrivant ces lignes, je me lance dans une aventure assez osée, qui mettra en évidence ma culture encore trop pauvre sur le sujet… La première question que je me suis posée c’était l’objet réel du livre… Dès le prélude, la spontanéité d’écriture d’Albert Raisner nous donne l’impression d’être happé par quelque machine à remonter le temps pour entrer en trombe à ses côtés au sein de la bibliothèque nationale. Nous y consultons le dictionnaire et là, SURPRISE ! Pas la moindre trace de notre instrument… Non sans humour notre guide nous raconte qu’ayant alerté les académiciens, ceux-ci lui répondirent qu’ils feraient appel à lui à la lettre H…ce à quoi il écrit « Quand on est Immortel, on est évidemment pas pressé » …Il fallait y remédier !

Ses recherches qui remontent à l’empereur Houang-Ti, au XXVIIe siècle avant J.-C., voire à la préhistoire, prennent vite la proportion d’un livre. Mais déjà ces premiers paragraphes donnent le ton et m’ont fait comprendre qu’il serait un pur bonheur à lire, au point d’en rater ma station de bus. Je connaissais Pierre Bellemare qui raconte si bien les histoires vraies, j’ai redécouvert Albert Raisner !... Je ne peux entrer trop dans les détails, aussi parce que j’espère que vous en ferez l’acquisition pour le lire, et puis mon récit serait bien moins sexy, surtout en quelques pages. Il nous fait donc naviguer du Cheng pour passer rapidement en revue les différents instruments à anche dans l’histoire de la musique. J’ai la surprise d’y comprendre que l’accordéon ne serait pas une suite de l’harmonica, mais appartiendrait à une lignée plus large difficile à dater et situer géographiquement sur l’origine précise. Puis on arrive à l’histoire de l’Aura de Frédéric Buschmann en 1821 présentée avec une quantité de détails impressionnante, passionnants ! L’Aura qu’il inventa et utilisa comme diapason pour s’aider à accorder les orgues et piano, pour se faire de l’argent de poche. Quelques pages plus loin nous voilà propulsé en 1827 ou un colporteur de retours dans sa demeure à Trossïngen offre à sa fille un harmonica qu’il a ramené des environs de Vienne. C’est Christian Messner son petit ami, qui en jouera jusqu’au jour où essayant de le réparer il se mettra à en fabriquer…C’est si j’ai bien compris ce même personnage qui aura donné quelques années plus tard l’idée à Mattias Hohner de reprendre la fabrication d’harmonicas pour faire face à la crise du tissage et de l’horlogerie…en petite quantité au départ puis rapidement en grosse ! Il est connu que les harmonicas se vendaient chez les horlogers, on sait aussi qu’aujourd’hui plus de un milliard et demi de ces instruments ont été fabriqués; même si d’autre fabricants se sont lancés dans la fabrication. Quelle surprise en revanche de voir que Seydel n’est pas mentionné; moi qui croyais cette marque plus ancienne que Hohner. Une bonne partie du livre est consacrée à ceux qu’Albert Raisner présentent comme les « artisans des promotions successives » de l’harmonica, qui lui ont valu de passer je cite « des prairies et forêts, … à la ville, puis au music-hall, aux salles de concerts avec des orchestres de plus en plus exigeant…sans perdre pour autant son charme et son succès populaire »…Ce à quoi j’ajouterai : En l’an 2011, si son charme reste, son succès populaire est différent. Mais il a toujours un capital sympathie évident, pour peu qu’il soit bien utilisé, sans trop de clichés ; car entre nous je préfère entendre parler des groupes de l’époque trio et autre quartets que de « L’homme à l’harmonica » ou Bob Dylan. Je compte y revenir plus loin…   

Nous voilà ainsi propulsé au côté d’un petit vendeur de journaux, « Bora Minevitch » qui reçut un harmonica d’un soldat à 14 ou 15 ans…harmonica dont il jouera pour vendre encore plus de journaux, jusqu’au jour où un homme qui le remarque lui donne l’opportunité de créer une troupe « les Rascals ». Cette troupe qui vit un jour, un harmoniciste de petite taille appelé Johnny Puléo aura un succès phénoménal au point que le spectacle sera multiplié en de nombreux endroits. De même on découvre comment  Larry Adler a commencé, et une partie de sa carrière, l’anecdote de ses échanges avec le grand Django Reinhardt qui ayant mal compris son nom l’appellera « le roi de l’air ». Il y a aussi très croustillante anecdote de l’apparition du célèbre titre « Le Grisbi » qui aujourd’hui encore est l’un de mes préférés…Un passage vraiment hilarant; je ne pouvais d’ailleurs m’empêcher d’imaginer Albert Raisner écrivant ces lignes, certainement très amusé de se relire lui-même...Je n’en dis pas plus, lisez  le !

Quelle bonne surprise aussi de voir tout le bien que Mr Raisner pouvait penser d’harmonicistes tels Sonny Terry ou encore Little Walter, en soulignant au passage la proximité entre les artistes du Jazz et du blues bien plus marquée à l’époque… Parmi les passages qui m’ont passionné, il y a aussi la rencontre d’Albert Raisner avec Charles Rodriguez chez les scouts, dont découleront les cours au « studio » dans la rue des petites écuries à Paris, par ce même homme qui les y invita et où Albert ira tous les soirs. Ce passage m’a fait sourire car il y parle des soirées d’harmonica prolongées dans le métro voisin qui possédait une très bonne acoustique les soirs d’hivers après la fermeture de la salle de cours. Il aurait surement souri lui-même en voyant les élèves de Greg Zlap après leurs cours à Utopia, sortant leur petit harmonica au métro Pernety tous le Samedi après les cours, profitant de la bonne acoustique…ça rapproche malgré 60ans d’écart… Des cours de monsieur « Ro » sortiront de nombreux harmonicistes, acteurs importants de l’âge d’or de l’harmonica. Soixante ans après, à Paris, Utopia peut se vanter d’avoir aidé des harmonicistes talentueux, qui n’ont pas forcément le même enthousiasme du public, mais il s’agit d’une autre époque… entre la fin des années 40 et début 70 c’était les trente glorieuses; Internet n’existait pas encore et la télévision était peu répandue. La société a changée. La communication, les loisirs…en gros l’abondance générale dans tous les domaines, Internet, le tout et tout de suite, l’hyper information plus ou moins neutre: tout cela semble nous dépasser à tel point que d’aucun serait sans doute voué à ramer pour longtemps sur un bateau à la dérive au milieu d’un grand océan d’incompréhensions… Allez savoir exactement quels sont les vrais dangers qui guettent la richesse culturelle d’aujourd’hui ?! Où allons-nous ?

TourDeFranceHarmoEt si les gens sortent moins, allez savoir si cela provient du fait qu’ils vivent plus dans l’urgence.  Toujours courir que ce soit dans le travail de plus en plus exigeant avec la peur du chômage comme « carotte », avec des fins de journées de labeur moins propice aux sorties en fin de soirée, pour juste se poser et ne plus bouger ? Les spectacles ne sont-ils pas justement des moyens d’évasion de plus en plus négligés ?... Ce sont nos ainés qui sauraient répondre plus facilement à la question, à savoir si la morosité ambiante était la même avant, si les gens partageaient plus sans avoir besoin de se connaître…si la mentalité des harmonicistes d’hier et celle d’aujourd’hui à tellement changée…Si le conseil suivant de Albert Raisner dont voici un extrait (ne sachant à quel point il est autorisé de reproduire un texte d’un livre), est bien relayé par ses pairs : «…Mais souvenez-vous toujours qu’il vaut mieux jouer avec talent une pièce facile, que de buter maladroitement sur des difficultés au-dessus de vos forces. Que votre jeu soit d’abord pour vous une joie, puis pour votre entourage un charme ; et que cette joie et ce charme croissent sans cesse jusqu’à vous attirer les bravos d’un très large public : Voilà ce que nous vous souhaitons !»  

Si l’harmonica est si méconnu aujourd’hui, après avoir pourtant éveillé l’intérêt du public au plus fort dans les années 50 à 60, au point que chaque magasin de musique voulait ouvrir son club, jusqu’au pharmacien qui lança une pommade spéciale pour faciliter la glisse de l’harmonica prévenant les irritations…tant d’engouement durant l’âge d’or ! J’en viens à me demander si le chromatique visiblement bien plus populaire à cette époque ne mettait pas plus  l’accent sur l’interprétation et ce que « Gerry Ezard » appelait en anglais « The Tone » dans sa classe de maitre à St Aignan. Aujourd’hui force est de constater que le diatonique a pris la place du chromatique, mais en fait pas vraiment : je regrette souvent de voir à quel point les discussions d’harmonicistes d’aujourd’hui tournent beaucoup plus dans la résolution des difficultés technique à braver. Juste pour obtenir une note ou « over-note » sur le diatonique plutôt que de se concentrer sur l’interprétation et ce que défend Albert Raisner dans ce cours extrait de ses recommandations, que je me suis permis de reporter ici.

Un tel livre pour un passionné de la nouvelle génération peut sans doute être un outil précieux pour savoir retrouver les bons courants, une référence pour voir ce qui s’est fait par le passé et tacher de comprendre l’accueil du public de l’époque. En tout cas au fil de sa lecture, je retrouvais plus encore d’espoir dans ce qu’on peut faire encore aujourd’hui pour servir l’harmonica; pour peu qu’on puisse y consacrer le temps nécessaire avec la volonté, l’inventivité peut être, la persévérance surement, la joie communicative et le dynamisme de Albert Raisner, son humour aussi ? Cet homme avait tant d’atouts, aussi un tel sens artistique et un « feeling », qu’il me semble qu’on ne pouvait guère rêver mieux pour accompagner l’harmonica dans ses années les plus « riches »…

Reproduire aujourd’hui la plupart des idées de l’époque, demanderait forcément de composer avec la société et l’environnement actuels. Peut-être ne suffirait il pas de tant d’efforts si la confiance dans des initiatives menées à terme était plus flagrande, pourvu que l’esprit ou l’atmosphère qui caractérise le milieu de l’harmonica ne perde pas son charme… CHARM, tel était d’ailleurs le premier nom de l’ancêtre de H2F (c’est cohérent), qui devint la « Fédération Française des Clubs d’Harmonica ». Quant à savoir si « France Harmonicas » est dans le prolongement ou si il y a eu dispersion ou interruption, c’est Jean Labre ou d’autres copains (ine) qui ont bien connu cette époque qui sauraient me répondre ?...

Pour conclure cet article, le sujet est si vaste que j’aurais pu écrire des pages encore jusqu’à plus d’encre sur mon clavier ! Je n’ai pas mentionné toute l’époque fondamentale allant de la grève en 1947 des musiciens qui a permis à l’harmonica d’assoir sa place d’instrument, sa médiatisation aussi, les tours de France radiophonique qui ont semble t ’il participé plus tard à la création des championnats du monde, ni de toute la période qui a suivi jusqu’à la fin de l’âge d’or, précipité par l’arrivée du Rock et des « Yé Yé ». Cette même période où Albert Raisner est passé de son trio à la célèbre émission « Age tendre et tête de bois » qui a presque effacé son rôle d’harmoniciste au moment de ses adieux par les médias il y a un an… Un peu frustrant pour nous autre, mais il est vrai qu’il a tant fait aussi pour accompagner les nouveaux venus. Quel flair, mais aussi quelle ouverture !...

PionniersJe signale pour conclure, que sur les 220 pages du livre, près de 80 sont consacrées à ce qui fera le bonheur des collectionneurs et autre passionnés : tel que la liste des publications de l’époque s’intéressant à l’harmonica, sa présence dans les films, les méthodes de l’époque, la liste des compositions de concert écrites pour cet instrument, les clubs d’harmonicas autour du monde, l’index alphabétique des harmonicistes avec leur discographie… Une vraie mine d’or à livre ouvert !... Pour conclure le livre, Albert Raisner citait Jean Giono; quant à moi je me permettrai de citer Albert Raisner, par cette dernière phrase, en ayant une pensée amicale pour tous ceux qui soutiennent encore aujourd’hui l’harmonica sous toutes ses formes : «Allons… l’harmonica n’est pas à bout de souffle ! ! ! »   

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