Entretien avec Tof Sawyer de l’ « Esprit du Blues »

Tof Sawyer au POL’actualité « harmonicale » en région Parisienne incite naturellement à parler des écoles d’harmonicas. Trois d’entre elles proposaient des cours de groupe en diatonique; deux nouvelles nous sont promises en ce début d’année scolaire : Une de diatonique, la seconde de chromatique (que j’attends avec impatience) !...

J’en parlerai dans mes prochains articles le temps de leur laisser « pousser » leurs premières notes… En attendant, voici l’occasion de rappeler l’existence de l’une des trois plus anciennes en activité: « L’esprit du Blues » en Essonne au Coudray-Montceaux. Ce fût pour moi l’opportunité de m’entretenir avec Christophe Marcos, alias «Tof Sawyer » son créateur et animateur, que j’ai connu via le café concert Utopia à Paris et qui est un de ces harmonicistes professionnel hyper actif, impliqué pour faire tourner ses groupes principaux « Caf’&Crème » et « Tof Sawyer Show », son école, etc…

 

Patrice Rayon> D’où t’est venue l’envie de faire de la musique ?

Tof Sawyer> La musique était très présente dans ma famille. Mon père fût guitariste chanteur avec une période semi-professionnelle. Son frère lui-même guitariste et mes cousins jouaient aussi, guitare, basse, batterie notamment dans des groupes de hard rock. J’assistais à tout ça avec envie. Je gratouillais un peu mais ce n’était pas mon truc… jusqu’au jour où, comme beaucoup, je suis tombé sur l’harmo du père ou du grand-père dans un tiroir. De suite j’ai été conquis par ces vibrations que j’arrivais à en sortir et qui me procuraient des sensations difficiles à expliquer, intenses et profondes, des frissons… L’occasion rêvé de participer aux bœufs familiaux, ne plus être juste un spectateur,  aussi de quoi m’extérioriser, me libérer, m’épanouir, me défouler.  Et j’adore le blues qui n’est pas du tout une musique triste, au contraire le blues chante l’espoir, il libère et permet de s’épanouir… Je dis souvent « Merci Maman musique de m’avoir choisi et amené là où j’ai envie de voyager, plutôt que de rester sur le bord de la route !… »

 

PR> Tu as pris des cours sans attendre ou tu as commencé en autodidacte ?

TS> J’avais 20 ans et j’en ai bientôt 38. A cette époque là Internet était quasi inexistant, et j’étais persuadé que l’harmonica était un instrument en voie de disparition dont les derniers représentants étaient ces vieux bluesmen pour la plupart disparus, dont j’écoutais les disques… J’étais loin de me douter qu’il y avait des professionnels. Je ne connaissais pas Milteau. J’ai trouvé la méthode coup de pouce avec un harmo en LA, car on m’avait dit que c’était bien pour les blues en MI. La notion de positions je ne connaissais pas non plus, j’ai fait confiance. Et je me suis débrouillé avec pour commencer. Sauf que ce n’est pas tant sur la méthode papier que j’ai avancé : j’ai vite préféré le travail par l’écoute des disques… Et cela a duré 7ans ainsi. Mais ça a transformé ma vie ! J’ai même commencé à jouer avec des groupes de rock, blues, reggae,  pop française en publique dans des cafés concert… Le premier, j’ai répondu à une annonce recherchant un bassiste ; n’étant pas bassiste je leur ai proposé un harmoniciste, et ça a marché ils m’ont pris !...

 

PR> Tu t’es finalement retrouvé à Utopia à l’école du « Souffle du blues » toujours tenue par Greg. Quel niveau ?

TS> Comme je jouais en groupe, Greg m’a pris au niveau quatre (le niveau final). Je faisais une session par an et pendant trois ans. Malgré mon Bac en vente et représentation orienté plus dans l’immobilier, j’ai enchaîné nombre de petits boulots alimentaires : intérimaire en usines, laveur de vitres, ramoneur de cheminées, préparateur de commandes, manutentionnaire, saisonnier pour les vendanges, serveur en restau trois étoiles,… (l’article est trop court pour tout citer). Du travail, mais pas de quoi payer trois sessions par an avec le loyer et tout le reste..

 

PR> Tu l’as fait quand le grand saut chez les professionnels ?

TS> A ce moment là j’étais animateur en centre de loisir, et j’y faisais d’ailleurs aussi des ateliers harmo avec des « Colors » de chez Höhner. A la suite des cours j’ai pu m’offrir le stage de Roses avec Greg. C’est là que je lui ai annoncé mon projet d’école. Mais j’ai du le rassurer, sur le fait que « le soleil brillant pour tout le monde », je n’étais pas là pour piquer l’idée de son école, mais répondre à une attente (L’île de France, un sixième de la population française  un Samedi en 4 cours de 12 à 15 élèves c’est vite plein). C’est pourquoi je précise bien sur mes dépliants « Formule GregZlap », même si ma façon de faire, mes cours sont différents et selon ma propre méthode.

 

PR> Et ton pseudonyme « Tof Sawyer », il te va bien ! Mais il vient d’où au fait ?...

TS> Ce n’est pas du au hasard en effet ! Pour plein de raisons : Mon attachement à l’époque des vieux bluesmen, créer un personnage, un pseudo comme eux. Ce qu’on ne voit plus aujourd’hui… Mais l’explication vient surtout de mon enfance. J’étais un hyperactif et mes parents ont du me placer en pensionnat à l’age de 8ans pour deux ans. C’était une école disciplinaire, à Paris prêt des Lilas où je restais du Lundi au Vendredi avec des profs en blouse, comme dans l’ancien temps ; pas le droit de parler à table au réfectoire etc… La prison pour moi qui avait tant besoin de bouger ! Rude période où mes rares moments de soulagement se trouvaient pendant des séances de chorale, dessin, théâtre…ET… Le mercredi après midi : TOM SAYWER à la télé !!! C’était mon bol de liberté; ce gars me ressemblait tellement,  je m’évadais avec lui ! Finalement l’harmo se rapproche beaucoup de cet esprit de liberté et d’insouciance alors comme on m’appelait Chris ou Tof j’ai pensé de suite à « Tof Sawyer »…

Le nom de l’école, « L’esprit du blues » ce n’est pas pour copier Greg et Jean-Jacques Milteau avec le « Souffle du blues » à l’Utopia qui est magnifique. Pour moi l’harmonica, ce petit instrument que tu mets dans le fond de ta poche, c’est un peu comme la lampe d’Aladin, mais l’esprit du Blues c’est vraiment « L’esprit du Blues » hormis bien sure la guitare, le piano et les musiciens du Blues : Quand tu l’utilises, il y a quelque chose de tellement fort,  qui libère, un peu comme une prière, un défouloir, c’est magique…

 

Concert de fin de stage Automne 2010PR> Je crois que c’est le moment de te laisser parler de ton école…

TS> Alors je l’ai créée en 2005 avec au début des cours individuels puis par deux puis trois élèves et aujourd’hui avec des groupes de sept à huit personnes, pas plus, afin de conserver une qualité d’échange et plus d’efficacité dans l’heure de court. Au dessus certains élèves plus dissipés, seraient tentés de jouer au lieu d’écouter, en perdant plein d’informations. Les élèves ont de 8ans à 88ans voire même plus. J’ai plusieurs formules décrites sur une plaquette. Je suis d’ailleurs présent parmi les professeurs adhérents de H2F du département 91 sur le site Internet de Harmonicas de France (pour me contacter).

La formule du Samedi après-midi, est divisée est composée de quatre niveaux dont les critères ressemblent à ceux du « Souffle du blues ». L'école propose quatre stages trimestriels de 10 cours avec un concert de fin de stage, accompagné par les musiciens professionnels qui composent mon quartet. Les élèves complètent leur formation en profitant des erreurs des autres, de leurs questions, de mes réponses, des morceaux que je leur fait travailler et pas seulement du blues. On travaille cinq ou six thèmes, puis les deux derniers cours qui s’étendent souvent sont consacrés aux répétitions avec les autres musiciens pour le concert. Depuis 2005 je suis attentif aux demandes de mes élèves et je perfectionne la façon d’enseigner en même temps; je m’adapte pour toujours plus d’efficacité. L’un de mes bonheurs est de constater la fidélité de mes élèves. Certains ne m’ont pas quitté depuis 2005, d’autre sont allé voir d’autres profs et sont revenus, voire étaient dans d’autres écoles et m’ont rejoint. Je vis une aventure humaine forte avec eux, et c’est un peu comme une famille, une bande d’amis qui se forme à chaque fois…

Une seconde formule concerne les cours particuliers que je fait les Mardi et Mercredi. Et la dernière ce sont les ateliers amplifiés au studio: encore une autre façon de jouer dont je pourrai te parler plus en détail tout à l’heure…

Je suis en très bons rapports avec le magasin JMusique à Ste Geneviève des Bois, qui a bien voulu et su étoffer sa panoplie d’harmonicas pour mes élèves. On y trouve même des chromatiques désormais. J’éprouve plus de plaisirs à jouer du diatonique, mais j’aime aussi beaucoup le son du chromatique …

 

PR> Tu peux me décrire rapidement comment se passe un cours du Samedi ?

TS> On commence toujours autour d’un café et on se met rapidement au travail car l’heure passe vite et on a vite tendance à déborder. On révise le thème ou je leur montre directement le nouveau thème avec la partition (tablature) ? Je leur joue sans puis avec le playback sans en faire trop pour ne pas les noyer dans des détails qui les écarteraient de l’intérêt du morceau. On fait ensuite phrase par phrase, puis chacun à son tour essaie ; on s’attarde un peu sur les difficultés, j’explique, il posent des questions…on avance ainsi jusqu’à jouer tout le thème. Et à nouveau chacun joue le thème à son tour…  ça fait qu’on déborde souvent un peu de l’heure.

 

PR> Vous pratiquez beaucoup, mais quelle est la part de théorie ?

TS> En fait je leur applique la méthode que je me suis appliquée et qui a très bien marché pour moi. Je ressens la musique plutôt que la calculer alors ça ne fait pas trop académique comme ça, mais ça marche. En réalité en appliquant ma méthode ça devient académique. J’amène la théorie quand elle s’invite, sur un point difficile pour leur permettre d’avancer, quand il en ont besoin. Mon 1er conseil c’est jouer,  jouer,  jouer… passer plus de temps sur la pratique et le ressenti. La théorie bien sure, mais sans s’attarder, comme un moyen de s’affranchir des difficultés rencontrées ; ne pas les noyer non plus. La théorie ce n’est pas ma spécialité, mais je la perçois plus comme un outil de vocabulaire au moment opportun. L’appréhension de la théorie c’est pas mal le point commun des harmonicistes diatonique et des élèves qui souhaitent avant tout rapidement savoir jouer et être libre, ne pas s’enfermer dans la théorie. Par exemple je leur donne aussi des conseils sur le souffle, la reprise d’air sans perdre le tempo, la respiration. A ce sujet je prenais des cours avec un grand maître du Yoga et ça m’a beaucoup aidé pour l’harmonica alors ça vaut le coup de leur montrer aussi la respiration.  

Depuis qu’on est au Coudray-Montceau, je fait les cours dans l’ancien restaurant «Rendez-vous des Mariniers» de mon grand père, dans un cadre très sympa, avec une baie vitrée qui donne sur la Seine… C’est pas le Mississippi, mais la vue est sympa quand même.

 

PR> J’imagine les bateaux à roue qui passent avec quelque vieux bluesman solitaire sur le ponton, comme dans Tof heuuu Tom Sawyer … Plus sérieusement, tu m’intrigues avec l’atelier amplifié… première fois que je vois ça hormis les classes de maître. Tu peux m’en parler ?

TS> C’est un atelier de trois heures que je réserve aux harmonicistes confirmés pour leur expliquer le son, les amplis, les effets, l’appréhension de l’harmo amplifié en micro chant ou « Green Bullet » avec un rack d’effets. Ce n’est plus la même façon de jouer, de s’entendre et se faire entendre. Je rentre de le détail de la technique mais pas trop pour que ça reste compréhensible de tous. Je les fait jouer et improviser sur un thème qu’ils connaissent et aiment bien pour en profiter plus. C’est un autre concept en supplément de mes cours traditionnels…

 

PR>  Pour ce qui est de l’école, le mieux est peut être encore de venir en profiter… Maintenant j’aimerais bien que tu me parles de tes autres activités professionnelles, tes groupes etc… Au passage c’est marrant, je connais surtout ton groupe caf’&crème mais ce n’est pas blues ?!...

TS> C’est vrai que j’ai joué un peu de tout et Caf’&crème c’est plutôt du Swing Festif ! On veut intégrer le publique dans notre spectacle, que ce soit un échange. Sur plus de 200 concerts depuis le début de ce groupe on a vu plusieurs fois le publique se mettre à danser devant nous. On a joué un peu partout: Le petit journal Montparnasse, Utopia, le baisé salé. En 2009 on faisait 2 dates par semaine avec ce groupe. Là on prépare le 3ème album qui devrait sortir courant 2013 voire 2014 au plus tard et on fait aussi des clips vidéos dont le dernier pour La « Grande battle » sur France2.

 

PR> Finalement tu es peut être toujours aussi actif que quand tu étais gamin. Tu n’arrêtes pas toi…

TS> J’avais besoin que mon groupe « Les Caf’&crème » avance et j’ai pris de moi-même l’initiative de m’occuper des dates. Mais avec tout ça, j’ai moins de temps pour travailler les à côtés. Avant je passais deux jours et demi par semaine à travailler la musique et aujourd’hui c’est plus compliqué. Les autres de ce groupe ont un travail à côté. Moi c’est mon métier à plein temps. Gérard Serre (le chanteur des caf’&crème qui fait penser fort à Richard Gotainer) a été professionnel dans les années 80 dans un groupe qui marchait fort : « les garçons ». Entre les cours, les contacts pour les dates, les albums, les clips, plus ma fille qui est arrivée il y a à peine un an, je n’ai pas le temps de m’ennuyer. Heureusement que Claire (sa femme) est là pour m’aider en plus de son travail ! Elle est plus douée que moi pour mettre en œuvre mes idées côté communication. Cependant, j'espère pouvoir déléguer cette partie à quelqu'un d'autre pour la soulager… D’autant que c’est aussi moi qui m’occupe de faire tourner mon second groupe le « Tof Sawyer Show » avec lequel j’ai déjà fait une cinquantaine de dates…

 

Tof Sawyer et Arnaud Michelon articlePR>  Faut vraiment que je vois ça. Je connais Caf’&crème dont j’aime beaucoup l’énergie et la gaieté, et j’ai entendu beaucoup de bien du Tof Sawyer show…

TS> Le Tof Sawyer show c’est plus Blues, funk et Soul. Faut venir ! D’autant que comme avec Caf’&crème les musiciens sont tous des gens très humains sur scène et dans la vie avec qui je m’entends extrêmement bien. Certains sont des musiciens sont très réputés, et c’est une chance de partager ainsi avec eux. Claude Joly, mon batteur des Caf’&Crème c’est comme mon frère tellement on est proche depuis si longtemps. Et ils sont tous très talentueux et positifs, authentiques même !... (Christophe me les as tous cité en détail mais c’est compliqué d’ajouter autant de précision dans l’article sans qu’il devienne trop long)

 

PR> Mais dis moi Christophe, ton actualité, on la voit où ?!?…

TS> J'ai pour projet de faire mon 1er site internet courant 2013. Là où je pourrais répertorier mes dates de concerts ainsi que mes dates de concerts de fin stage. En attendant, on peut déjà suivre mon actualité sur ton Agenda qui permet aux harmonicistes d'être plus visibles: quel bonne idée!

Mes autres projets pour l'année à venir: me développer au chant et prendre plus confiance de ce coté. Et préparer mon 1er album, pour lequel j'ai déjà plein d'idées en tête.

En tout cas merci d'avoir pensé à moi pour cet article et à l'école....

  

PR> Merci à toi Christophe pour cet entretien que je t’avais proposé il y a déjà longtemps. J’essaierai d’aller voir tes élèves en concert le 18 Novembre

 

Références sur Internet :  MySpace de Tof Sawyer et son site professionnel (en cours de construction)

Concert de fin de stage 2011

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