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Entretien avec Thierry Crommen

image001Quand on pense Belgique et harmonica il y a quelques noms qui viennent de suite en tête, tels que Jean ‘Toots‘ Thielemans ou Steven De Bruyn. Mais surtout, dans un autre style, il y a Thierry Crommen qui ne cesse de nous surprendre et de nous émerveiller que ce soit au diatonique ou au chromatique…

C’est à l’occasion du stage de musique acoustique de Virton, que Thierry, bien que très sollicité et sur le départ pour un concert m’a accordé de son précieux temps pour cet entretien…:

 

PR> D’où t’est venue l’envie de faire de la musique ?

TC> Il y a deux raisons principales. La première, c’est ma mère qui était adolescente à la libération quand les américains ont débarqué avec leurs chewing-gums, leurs cigarettes mais aussi leur jazz, leur swing : Louis Armstrong, Sidney Bechet etc. Elle adorait écouter cette musique. J’étais le petit dernier de trois enfants et pendant ses moments à elle, pendant ma sieste, sans doute pour m’endormir aussi, elle me mettait aussi du Harry Belafonte ; quand je réécoute ça je fonds toujours parce que c’est un truc super zen, super cool et je comprends que je m’endormais avec ça !

 

La deuxième, c’était le décalage en âge avec mes frère et sœur qui eux allaient écouter, genre 3 ans plus tard : les Beatles, les premiers Pink Floyd etc.... On m’en remettait une couche avec des musiques plus de l’époque… et il se trouve que j’aimais bien ce qu’on me balançait. Mais j’aimais aussi beaucoup la variété, ce qui passait à la radio… Edith Piaf «  Milord », Aznavour « Viens voir les comédiens » j’étais fou de ça. Je sentais que la musique apportait de bonnes ondes dans la famille ; que ça rendait un peu tout le monde heureux à sa manière… Plus que d’être fils de musiciens, car ils ne l’étaient pas, ça vient de ça…

 

PR> Mais tu joues bien aussi du saxophone… Joues-tu d’autres instruments encore ?

TC> Non, j’ai fait du clavier pendant une saison avec Fugain, mais je lui ai demandé très vite d’arrêter parce que ce n’était pas mon truc ! Par contre le clavier me sert pour m’aider à trouver les arrangements et les harmonies pour des musiques que j’ai en tête quand je compose, parce que je ne saurais pas le faire avec une guitare. Mon premier instrument a été le diatonique double trou (trémolo) de ma sœur et le premier morceau, un truc de Sylvie Vartan qui était aussi facile que les premières notes des « élucubrations » d’Antoine sauf qu’il n’y avait pas d’harmonica sur cette chanson : j’avais juste envie de jouer ça, et j’ai trouvé et là ça a décollé !... Après il y a eu les fêtes de St Nicolas où plusieurs années de suite je lui demandais un bel harmonica. A un moment donné j’ai reçu un chromatique, certainement sur les conseils d’un connaisseur du magasin de musique à Liège et là je commençais à jouer différentes choses toujours très mélodiques, avec plus de notes… 4 ou 5 ans plus tard, un étudiant américain est venu séjourner à la maison à l’occasion de son tour d’Europe. Il jouait de la guitare et du diatonique… Je devais avoir 15 ans et  je l’ai entendu faire des trucs (les altérations), et là c’était à la maison, à portée de main, et c’était encore plus marquant… Mais alors on peut faire ça ?! Je voulais arriver à faire pareil et c’est lui qui m’y a motivé : avant je faisais ça pour m’amuser mais je ne travaillais pas l’harmonica. D’ailleurs ma première séance d’enregistrement c’était un vinyle que je lui ai envoyé en le remerciant. L’harmonica trémolo ne me branche plus mais le chromatique et le diatonique si !

 

PR> Dans quel style te classerais-tu musicalement ?

TC> J’ai eu tellement d’influences diverses dans mon enfance que je ne me sens pas confiné dans un style, surtout depuis que je fais à peu près ce que j’ai envie de faire. J’ai fait beaucoup d’accompagnement, notamment avec Fugain mais aussi beaucoup d’autres en Belgique, j’ai tâté du Blues/Rock avec Jean-Pierre Froidebise... Il y a eu bien sûr la période très créative avec Jacques Stotzem qui était sans doute la transition idéale pour arriver à ce que je fais maintenant. Mon projet actuel n’était pas quelque chose que j’avais planifié sur ce que ça allait être, c’est arrivé comme ça au fur et à mesure où je composais avec des partenaires suffisamment ouverts pour me le permettre. J’avais besoin de faire quelque chose de plus personnel et Jacques ayant une forte empreinte, il fallait que j’essaie sans lui. C’est Jacques lui-même qui m’a recommandé Chris de Pauw (le guitariste de Thierry) à l’écoute de mes maquettes au synthé ; Chris que je connaissais déjà comme son assistant au stage de Virton et qui m’avait scotché lors de l’un des concerts qui ont lieu chaque soir là-bas.

 

PR> En parlant de ta formation, ce n’est pas trop dur pour vos concerts de vous réunir tous ?

TC> C’est compliqué oui car Chris est à Paris, Achim à Cologne, Erno à Liège. J’ai joué 4 ans avec Chris et Erno et Achim est arrivé apportant un plus indéniable dans notre formation. Le projet à trois plaisait mais il manquait cette touche…

 

PR> Y a-t-il une raison pour qu’on te voie si peu utiliser des effets quand tu joues ? Tu n’aimes pas ?

image003TC> Je ne sais pas bien m’en servir. Je veux bien jouer avec une belle saturation, un bon ampli dans un groupe de blues avec le  « gros son » mais point. Steven de Bruyn, l’un de mes deux compatriotes favoris, à part moi (Thierry en blaguant), avec « Toots » est le meilleur pour ça. Tourner avec le « band » européen d’une pointure américaine ça me brancherait, jouer avec un gros son...mais sinon expérimenter le son comme ça non ! J’aime bien l’acoustique... J’ai fait tellement de trucs dans des contextes où je ne m’entendais pas soit parce que j’avais mal réglé mes effets ou que les autres jouaient trop fort (!) que je vais plus vers l’épure, au niveau du son en tout cas. Pas au niveau de la musique car je fais des trucs moins conventionnels. Mais même si je me mets parfois la barre assez haute au niveau phrasé, je considère la musique comme un langage, un mode d’expression; je refuse le snobisme et préfère utiliser les difficultés techniques telles que les overblows seulement si ça permet exactement de jouer ce que j’ai envie, mais pas les faires pour les faire…rester compréhensible. C’est ce que j’aime bien, entre autres, chez Jean-Jacques (Milteau); il parle sa langue à lui, fait ce qui répond exactement à ce qu’il est…comme devrait le faire chaque musicien. Plus ça va plus ce qu’il fait me touche incroyablement et profondément…

 

PR> Milteau joue beaucoup sur des harmonicas graves…

TC> Avec ce type d’harmonica tu dois avoir à la fois le gros son et la « zénitude ». J’ai aussi l’impression d’être de moins en moins à l’aise avec les tonalités aiguës qui ne résonnent plus pareil pour moi, et je suis de plus en plus attiré par les graves. Est-ce que cela vient de l’expérience ? Cependant « Toots » est alors un peu l’exception dans ce domaine.

 

PR> …son amplification laisse deviner son souffle où la limite entre l’humain et l’harmonica est très fine, comme une voix…

TC> Oui c’est clair, et c’est pour ça que les effets ne m’attirent vraiment pas. C’est ce côté humain qui m’intéresse… Je crois que je suis en réaction contre cette période de mes débuts dans les années 80 avec ces boîtes à rythme qui me gonflaient, les trucs programmés etc.… par opposition à la richesse des années 60 et le Rock… ce formatage qui est arrivé c’était l’horreur quoi…

 

PR> La méthode où tu as collaboré avec Milteau et Greg t’a marqué d’une étiquette de joueur de Chromatique, au moins en France... ça ne te dérange pas ?

TC> C’est vrai mais non, ça ne me dérange pas. Pour l’anecdote j’ai connu cette situation absurde où j’étais convié à l’enregistrement de 4 titres au diatonique sur l’album d’un chanteur belge. A la sortie de l’album j’ai eu la surprise d’entendre en plus un morceau avec du chromatique. Ils avaient embauché quelqu’un d’autre pour le chromatique, pensant que je ne jouais que du diatonique ! A cette époque-là ça m’a frustré mais plus maintenant…

 

PR> J’ai cru comprendre que tu aimerais bien rejouer un peu plus de chromatique ?

TC> Il est vrai que j’aimerais vraiment remettre l’accent sur le chromatique mais pour ça il faut que je travaille. J’ai récemment entendu Grégoire Maret en concert et sur notamment un morceau il m’a allumé... J’ai toujours besoin de prendre des claques pour me remettre à bosser ! Il va falloir que je me décide, car je  voudrais aller dans tous les sens : il y a encore des tas de choses que j’ai envie de faire avec l’harmonica…

 

PR> Tu as des préférences côté modèles d’harmonicas ?

TC> Je garde mes vieux harmos parce que je ne suis pas un gaspilleur. J’ai encore mes Meisterklasse, ancien modèle. Les Marine Band Deluxe pour moi c’est le top au niveau sonorité; je n’aimais pas les Marine Band traditionnels trop fragiles et pas assez étanches. Mais j’ai un gros faible actuellement pour les Seydel 1847 en bois que je trouve très constants et fiables pendant une tournée intensive. Les autres se bloquent plus facilement sur des impuretés ou avec la salive, pour peu que tu les règles en polyvalence pour du blues et des overnotes. Côté chromatique j’avais un Chromonica Deluxe mais dont je me suis lassé à cause du timbre un peu trop agressif. Par contre j’adore le CX-12 et son timbre qui est vraiment le plus beau, quoiqu’il ait plusieurs défauts, notamment au niveau de la tirette pas assez rapide, et bruyante.

 

PR> Comment se fait-il qu’il y ait si peu d’écoles d’harmonicas en Belgique à part celle de Emile Grégoire (Croch) à Liège ?

TC> C’est vrai que si on regarde nos voisins, en Allemagne il y a Hohner et tout ce qui va avec, la Hollande a quelque chose de très très établi au niveau de l’harmo, en France ce dont vous témoignez déjà: il y a une revue, le rôle phare de Milteau… Il est vrai qu’Emile a beaucoup fédéré ici en Belgique et leur festival d’harmonica est le premier d’Europe. Je pense que « Toots » n’était pas assez implanté ni reconnu ici... il a fallu qu’il passe par les Etats-Unis avant que la Belgique reconnaisse son trésor! … J’ai bien donné des cours à l’époque chez eux (Croch) mais je n’étais pas en ville,  ça compliquait…

Moi j’ai deux modèles depuis mes débuts, je le dirai toujours, il s’agit de « Toots » et Jean-Jacques Milteau. Plus de points me rapprochent de Jean-Jacques, notamment les styles, liés à la pratique du diatonique ; on est passé tous les deux par le blues, le rock, la chanson, la country… En Belgique on me compare souvent à « Toots », on me présente comme son successeur mais on n’a pas le même parcours, on ne joue pas le même style… j’ai mon identité, il a fallu longtemps peut-être pour que je la trouve, mais il faut éviter des amalgames qui n’ont pas lieu d’être.

Tu soulignes le fait qu’il n’y ait peut-être pas une forte dynamique pédagogique en Belgique ; simplement peut-être qu’ici il n’y a rien de flagrant parce que Toots n’a pas fait l’essentiel de sa carrière ici, il n’a pas non plus publié de méthodes ou multiplié les classes de maître... En Allemagne il y a Steve Baker, en France Milteau… Moi je suis arrivé à un moment où sur le plan didactique Jean-Jacques avait déjà tout fait en Français. Maintenant je milite à ma façon, via « les jeunesses musicales » en Belgique depuis cette année. Ce qui ramène d’ailleurs des élèves... On joue cinquante minutes avec Chris dans les écoles et on répond aux questions... D’ailleurs c’est amusant, quand je leur demande : « connaissez-vous un harmoniciste », la réponse fuse, immanquablement : « Christophe Maë ! ». C’est lui la nouvelle référence auprès des douze quinze ans comme Dylan à une époque sauf que lui (Maë) il joue mieux.

 

Merci beaucoup à toi Thierry pour cet entretien et continue à nous toucher comme tu sais si bien le faire …

 

Référence sur Internet :

La page MySpace de Thierry Crommen : http://www.myspace.com/thierrycrommen

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