Croch’ASBL : L’harmonica en Belgique

En parlant d’harmonica en France, on apprécie le dynamisme au niveau des stages, rencontres et festivals mais aussi  l’apparition de nouveaux talents dans divers styles, à la surprise de nos voisins qui se demandent pourquoi plus ici qu’ailleurs... A force de me déplacer en maints endroits à forte concentration d’amoureux d’harmonica, il m’est aisé de ressentir l’évolution de cet engouement au dynamisme fluctuant mais bien dopé par l’avènement d’Internet dès le milieu des années 90. Il est aussi facile de s’inquiéter devant la liste de festivals annulés par manque de soutiens humains, ou financiers, en priant pour que cela ne soit que passager

C’est fort de mes déplacements partout où la passion draine de nouveaux contacts avec ces même atomes crochus autour de l’harmonica, que je suis convaincu que l’ASBL Croch, qui organise le 10ème Festival International d’Harmonica Harmoliège du 8 au 10 Octobre, les 20 ans ,  a une influence incontestable dans le paysage «harmonical» Francophone voir Mondial !...

Cette association est la plus dynamique de Belgique en matière de promotion d’harmonicas et son rayonnement, en grande partie du à son festival, ne doivent pas être sous estimés. Il coulait de source que Harmonicas de France écrive un article pour saluer ce voisin et ami, qui est pour moi un peu comme un équivalent de H2FHarmonicas de France en Belgique: soucieux de perpétuer et partager la passion, lancer de nouvelles vocations !...

Croch’ publie d’ailleurs un bulletin trimestriel de plusieurs pages depuis 1991, qui permet de tenir ses adhérents et anciens fidèles adhérents au courant de l’actualité musicale locale à laquelle Croch’ est souvent liée...

Voici l’entretien que j’ai eu avec Emile Grégoire, Président fondateur de l’ASBL Croch lors du 25ème stage de musique acoustique de Virton. Annick Grégoire, sa fille porte aujourd’hui l’ASBL

 

Patrice Rayon>Qu’est ce qui a bien pu vous inciter à créer Croch’ ? D’où est partie l’initiative ?…

Emile Grégoire> Tout jeune pré - retraité, j’ai découvert un article parlant du stage de musique acoustique de Virton dans le journal, où Thierry Crommen enseignait l’harmonica. J’en jouais un peu et pensais que ce genre de stage était destiné aux enfants. Pourtant j’ai téléphoné pour en savoir plus et l’organisateur n’a pas eu de réaction quand je lui ai dit mon âge. Je me suis donc inscrit. J’ai ainsi découvert plus encore l’instrument, les altérations que je ne faisais pas du tout jusque là. Seulement voilà, la 1ère année nous étions 7, la 2ème 5 élèves et la 3ème plus que 3; ce qui représentait la limite acceptable pour continuer le cours d’harmonica dans ce stage, qui proposait plusieurs autres instruments. J’ai eu peur que cela s’arrête si rien ne se faisait en Belgique dans l’année pour mettre en valeur cet instrument et drainer des élèves. Annick qui était venue pour la guitare picking était du même avis. C’est ainsi que nous avons eu l’idée de monter l’ASBL Croch’ qui est née le 27 Décembre 1989. 

 

PR> Les débuts n’ont pas été trop difficiles ? L’expérience compte beaucoup pour se lancer ainsi…

EG> Au début on peut dire que « on a bu le bouillon » car nous avions invité les professeurs de Virton à venir faire des classes de Maître suivies de concerts. Les frais furent importants mais le succès escompté fut décevant; trop peu de visiteurs... Les professeurs, aujourd’hui de renommée internationale étaient entre autre Thierry Crommen pour l’harmonica, Jacques Stotzem pour la guitare picking, Jean-Pierre Catoul au violon. D’où notre décision rapide de remplacer cette formule par une école de musique dans des locaux privés que nous avons remis en état. Celle-ci a ouvert ses portes en septembre 1991 avec 5 classes et une trentaine d’élèves en Harmonica chromatique et diatonique, guitare finger picking et flatpicking, Banjo 5 cordes et Mandoline Folk. Autant dire que solliciter les professeurs de Virton a été très mal perçu par les organisateurs de ce stage. Notre but n’était pas de leur faire du tort mais au contraire aussi de leur ramener du monde par la même occasion; ce qui s’est passé puisque nous leur avons permis d’afficher complet en harmonica et guitare dès 1994 grâce à nos élèves et aux contacts que nous avions en France.

 

PR> Mais vous avez du faire de la publicité pour vous attirer des élèves ?

EG> C’est le bouche à oreille qui nous a ramené du monde essentiellement. Le seul endroit où nous faisons de la publicité est au salon « Retrouvailles » où les associations Liégeoise présentent ce qu’elles font tous les ans en Septembre. Finalement tous les ans nous avons de 20 à 25 élèves harmonicistes. Tous instruments confondus, avec le chant que nous avons intégré depuis quelques années, cela fait près de 150 élèves aujourd’hui.

 

PR> Croch’ a la particularité d’organiser un podium libre tous les premiers vendredi de chaque mois impaire. Plusieurs instruments qui se retrouvent pour jouer ensemble, improviser en encourageant les novices à se lancer, comme j’ai pu en profiter moi-même. C’est un vrai tremplin !… Je n’ai pas vu ça en France, excepté des rencontres entre harmonicistes, où alors les « Jam Session » ou les novices ne trouvent pas leur place…

EG> Le premier podium libre a eu lieu en Novembre 1992 et ça continue…

 

PR> Vous avez rapidement lancé Harmoliège ! Comment avez-vous trouvé les artistes au début ?...

EG> On a rapidement eu l’idée de faire ce festival. Le premier a eu lieu en Octobre 1992 dans des lieux différent de Liège. D’ailleurs on a « galéré » pour arriver à trouver des endroits, et on s’est finalement arrêté sur le centre culturel de Chêné où l’un de mes élèves travaillait (il en est d’ailleurs devenu le directeur). Le stage de Virton m’a aussi permis de rencontrer Jean Jacques Milteau venu faire un concert à la fin duquel il m’a donné un prospectus m’enseignant l’existence du stage de musique de Monteton en France (Emile est devenu l’élève le plus fidèle de ce stage). Cela m’a permis de rencontrer plein d’harmonicistes aujourd’hui réputés, professionnels. De plus j’allais à Trössingen où j’ai eu l’occasion de rencontrer Steve Baker, Toots Thielemans, Larry Adler, Jerry Murad… Le Baron Jean Toots Thielemans qui venait de nous rendre une visite amicale en 1994 à l’occasion de mes 60 ans et d’un concert a accepté la Présidence d’Honneur de nôtre ASBL en 1994 !... (Il a d’ailleurs rendu une nouvelle visite amicale à Harmoliège 2008 pour un après midi entier). Avec le temps on a fait de plus en plus de rencontres y compris avec des harmonicistes qui venaient en spectateurs…

 

PR> Il y a une concentration importante de visiteurs étranger, essentiellement français dans votre festival.

EG> Il est vrai que malgré le manque de publicité, de soutien des médias que l’on aimerait voir davantage, le festival a désormais une réputation internationale. Le « bouche à oreille » nous ramène aussi des visiteurs. Et côté finances on est obligé de le faire une fois tous les deux ans pour permettre d’avoir de telles affiches. C’est notre école qui nous permet essentiellement de financer Harmoliège. Sans elle on ne pourrait pas le faire. On ne peut malheureusement pas compter sur le même soutien financier qu’en France, donc on essaie de faire avec ce qu’on a. Le jour où on te supprime les subsides; si tu n’as rien à côté ton festival tombe à l’eau. Je suis pessimiste sur la durée de vie des festivals qui commencent à pousser comme des champignons en Europe par les temps qui courent…

 

PR> Vous êtes très fidèles au festivals les Harmonicales et Harmonicas sur Cher dont vous ne manquez aucune édition !...

EG> J’ai rencontré Laurent Cagnon à Monteton et Christophe Minier c’est Thierry Crommen qui me l’a présenté pour discuter un peu de comment se passait la mise en place de notre festival. Les français ont démarré après nous et se sont inspiré de nous. D’ailleurs nous ne sommes pas du tout en concurrence vu la distance; et nous nous arrangeons pour les dates. De plus à Liège il y a tellement de manifestations culturelles que cette année nous avons du décaler de une semaine. Mais nous avons une très bonne entente avec les festivals en France et les harmonicistes français…

 

Merci beaucoup à toi Emile pour cet entretien et aussi pour tes conseils précieux qui ont fait de moi le passionné que je suis aujourd’hui, heureux bénéficiaire d’un réseau de connaissances dont tu as été le premier maillon plus que fertile ! Preuve en est que Croch’ est une association riche en espoirs et en réalisations pour le partage de la passion autour de l’harmonica. Vous êtes plus ou moins directement à l’origine de vocations de professeurs, de stages tel qu’à Urbino, etc... Bravo à vous pour votre travail titanesque dans cette ASBL (Annick y passe tout son temps libre alors que son métier lui prend déjà ses journées, pour la passion de la musique) !…

Pourvu que nous soyons nombreux y compris de H2F cette année pour aller faire la fête à la 10ème édition de Harmoliège, et à la fois pour les 20ans de Croch’ !... Tiens ?! 20 ans, décidément cela me rappelle quelque chose… Et à ce propos nous sommes une fois de plus invités à participer par nos votes pour les harmonicas de Cristal (voir le site Internet : http://www.harmoliege.be/ )

 

Référence sur Internet : La page de Croch’ASBL : www.croch.info

 

L'asbl CROCH est située Rue de l'Espoir, 1-3 à 4030 Grivegnée (Liège)

Téléphone : +32 4.367.77.86 ou +32.4.367.42.76 (en soirée)

E-mail : croch@skynet.be

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